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March 30, 2009

Kadhafi claque la porte du sommet de Doha

Dans l'un de ces éclats dont il est coutumier, Moammar Kadhafi a quitté la séance d'ouverture du sommet de la Ligue arabe à Doha après avoir traité le roi Abdallah d'Arabie saoudite, traité de "produit britannique et allié américain".

Le fantasque dirigeant libyen a fait un nouvel éclat lors de la séance d'ouverture du sommet, s'emparant d'un micro pour se lancer dans une diatribe contre le souverain saoudien. Moammar Kadhafi avait déjà eu un vif échange avec le roi Abdallah en 2003 lors d'un sommet juste avant l'intervention militaire américaine en Irak.

"Maintenant, après six années, il a été prouvé que vous mentiez", a lancé le dirigeant libyen, ajoutant toutefois qu'il considérait "le problème" entre les deux hommes réglé et qu'il était prêt à la réconciliation.

Mais lorsque l'émir du Qatar a tenté de calmer le colonel Kadhafi, celui-ci s'est lancé dans une tirade, avant de quitter la salle, sans qu'on sache si sa sortie était définitive.

"Je suis un dirigeant international, le doyen des chefs arabes, le roi des rois d'Afrique et l'imam des musulmans, et mon statut international ne me permet pas de m'abaisser à un niveau plus bas", a-t-il affirmé.

Un membre de la délégation libyenne a ensuite indiqué que Moammar Kadhafi s'était rendu au musée musulman de Doha. AP

March 25, 2009

Sarkozy de retour en Afrique pour y réaffirmer le virage de la rupture

Un an après un voyage éclair de six heures à Luanda, Nicolas Sarkozy renoue jeudi et vendredi avec l'Afrique pour un périple tout aussi minuté à Kinshasa, Brazzaville et Niamey conçu comme un exemple des liens rénovés qu'il veut instaurer avec le continent noir.

En visite en Afrique du Sud en février 2008, le chef de l'Etat avait jeté les bases d'un nouveau "modèle de relations" franco-africaines, enfin débarrassé des outrances de la "Françafrique". Mais la rupture annoncée reste balbutiante, illustrée par le départ précipité il y a un an du secrétaire d'Etat à la Coopération, Jean-Marie Bockel.

C'est donc avec la volonté de convaincre qu'une "page a été tournée", selon le M. Bockel, qu'il revient en Afrique.

Pour le premier arrêt de sa mini-tournée, en République démocratique du Congo (RDC), M. Sarkozy veut apporter sa pierre au règlement du conflit qui ravage l'est du pays. En fait, il devrait surtout s'employer à dissiper, auprès de son homologue Joseph Kabila, puis devant son Parlement, le malentendu suscité par l'initiative de paix dévoilée en janvier.

En suggérant un "partage des richesses" entre la RDC et le Rwanda, il a suscité un tollé à Kinshasa, qui y a vu une tentative d'amputer son territoire et contraint Paris à réduire ses ambitions. Il n'est plus aujourd'hui question d'une exploitation conjointe des ressources minières du Kivu mais de coopérations "pratiques" bien plus modestes.

"Il n'y a pas de plan français, simplement la volonté d'apporter de nouvelles idées", assure-t-on à l'Elysée en niant tout lien entre la démarche du président et ses tentatives de réconciliation avec le Rwanda. "Cette idée de marchandage honteux n'a aucun sens".

La deuxième étape, sur l'autre rive du Congo, s'annonce aussi délicate. A quelques mois d'une élection présidentielle, la France veut absolument éviter que cette "visite d'amitié" passe pour un soutien déguisé au maître du Congo Denis Sassou Nguesso.

"Le président se rendant à Kinshasa, il eut été malvenu et inamical de tourner le dos à Brazzaville", fait-on remarquer à l'Elysée, "quand bien même le calendrier politique local ne nous sert pas".

Après les contestations qui ont entaché les derniers scrutins congolais, M. Sarkozy rappellera à ses hôtes "l'importance d'une élection honorable", rencontrera les adversaires politiques du régime et devrait y insister, devant le Parlement, sur la bonne gouvernance.

Dans un pays dénoncé pour la mauvaise utilisation de ses ressources pétrolières et dont le président est accusé d'en avoir profité pour acquérir des propriétés immobilières en France, le message de M. Sarkozy est attendu avec intérêt, tant par l'opposition que la société civile.

Après une nuit dans l'ex-capitale de la France libre, M. Sarkozy mettra vendredi le cap sur le Niger. Un "stop" de quelques heures où il sera question de démocratie, à quelques mois de la fin prévue du dernier mandat du président Mamadou Tandja, mais surtout d'uranium.

Le numéro un mondial du nucléaire Areva vient de signer un contrat pour exploiter la mine géante d'Imouraren (nord). Pour casser l'image d'une France "prédatrice", le chef de l'Etat participera, avec la PDG du groupe français Anne Lauvergeon, à une réunion de la section locale de l'Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE).

"L'idée est de montrer que, si la France a des intérêts économiques au Niger, ils bénéficient le plus possible au développement du pays et de sa population", proclame l'Elysée. La rupture, encore.

Madagascar: message public de Ravalomanana, appel à "sauver la Nation"

L'ex-président malgache Marc Ravalomanana a exhorté depuis le Swaziland ses partisans à "sauver la Nation", qualifiant de "coup d'Etat" l'arrivée au pouvoir d'Andry Rajoelina, dans son premier message public depuis sa démission, diffusé mercredi à Antananarivo.

"Il nous appartient, il t'appartient, il m'appartient de défendre notre chère patrie; venez nombreux, peuple malgache, fonctionnaires, sauver la Nation, défendre l'union et l'unité nationales", a-t-il déclaré dans un enregistrement sonore diffusé lors d'un rassemblement d'opposants au régime de transition dans un parc du centre de la capitale malgache.

"Tout le monde à Madagascar était sur la voie du développement, et voilà qu'ils détruisent notre pays par un coup d'Etat", a ajouté l'ex-président en visant le camp d'Andry Rajoelina.

"Je remercie Dieu parce que je suis en vie; il y a une semaine déjà, il y a eu un pillage du pouvoir, c'est pour cela que je suis parti. Ayez confiance, je vous soutiens (...) et nous nous reverrons bientôt", a lancé M. Ravalomanana dans ce message d'environ 5 minutes, provoquant la liesse de la foule.

Il a également appelé ses partisans à "défendre la démocratie, la Constitution et le développement".

Il s'agit de la première intervention publique de Marc Ravalomanana depuis que, lâché par l'armée, il a été contraint de démissionner le 17 mars en transférant les pleins pouvoirs à un directoire militaire, qui les a ensuite remis au chef de l'opposition Andry Rajoelina. La Haute Cour constitutionnelle a validé ce transfert des pouvoirs à M. Rajoelina.

Marc Ravalomanana se trouvait mardi à Mbabane, la capitale du Swaziland, qui accueillera le 30 mars un sommet de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC).

Entre 8.000 et 10.000 manifestants qui contestent l'accession au pouvoir de M. Rajoelina et réclament le retour de M. Ravalomanana se sont rassemblés mercredi pour le troisième jour consécutif à Antananarivo, a constaté une journaliste de l'AFP.

A l'issue du rassemblement, des groupes de manifestants qui s'invectivaient avec des partisans de M. Rajoelina sur la place du 13-Mai, au centre-ville, ont été dispersés par plusieurs tirs de sommation de gendarmes.

L'atmosphère du rassemblement s'est durcie mercredi.

"Andry miala" (Andry dehors, démissionne) scandaient notamment les protestataires, qui depuis lundi, réclament également le retour à la "légalité".

Un représentant des fonctionnaires qui ont rejoint le mouvement, Désiré Rakotoramanana, a lancé à la tribune un "ultimatum" réclamant la démission d'ici vendredi du ministre des Finances du gouvernement de transition, Binja Razafimahaleo, accusé par les manifestants de "voler de l'argent".

La crise politique et sociale à Madagascar a fait plus d'une centaine de morts depuis fin janvier, et paralyse le pays notamment au niveau économique.

Au Caire, le président soudanais défie de nouveau la CPI

Le président soudanais Omar el-Béchir, sous le coup d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale, a de nouveau défié la CPI mercredi en se rendant pour quelques heures en Egypte, où il s'est entretenu avec son homologue Hosni Moubarak.

La visite de M. Béchir au Caire est la deuxième à l'étranger depuis l'émission du mandat d'arrêt de la CPI le 4 mars pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour, région de l'ouest du Soudan en guerre civile depuis 2003.

Réagissant à cette visite, le bureau du procureur de la CPI à La Haye a affirmé que le président soudanais était en sursis.

"Il n'y a pas de voie de sortie possible", a dit à l'AFP un membre du bureau du procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, signalant que l'institution "surveillait" ses déplacements. Comme la plupart des pays arabes, l'Egypte n'est pas signataire du traité de Rome instituant la CPI.

Au Caire, MM. Moubarak et Béchir se sont entretenus "de la situation au Darfour, des moyens de parvenir à une solution à ce conflit interne et de garantir une situation humanitaire qui ne permette à aucune partie étrangère de prétendre qu'il y a une crise", a déclaré M. Aboul Gheit lors d'une conférence de presse avec le chef de la diplomatie soudanaise Deng Alor.

"Il y a une position égyptienne, arabe et africaine qui n'accepte pas la manière dont la Cour traite le président soudanais", a-t-il ajouté. Les 22 membres de la Ligue arabe comme les 53 Etats de l'Union africaine (UA) se sont prononcés contre le mandat d'arrêt et ont entamé des procédures auprès du Conseil de sécurité de l'ONU pour qu'il suspende la procédure. L'Egypte estime que ce mandat risque d'avoir "des conséquences dangereuses" sur la situation au Darfour et au Soudan.

Toutefois, Le Caire tente de "pousser le Soudan à activer la loi intérieure soudanaise dans le but de juger au Soudan toute personne dont l'implication a été prouvée dans des actes ayant mené à la détérioration de la situation humanitaire au Darfour, y compris des leaders rebelles", a poursuivi M. Aboul Gheit.

La guerre civile au Darfour a fait 300.000 morts depuis 2003, selon l'ONU --10.000 selon Khartoum-- et 2,7 millions de déplacés.

Amnesty International a critiqué mardi l'attitude de l'Egypte et de la Ligue arabe.

"En déclarant que le président Béchir bénéficiait d'une immunité (...), la Ligue a bafoué la loi internationale qui exclut toute immunité pour quiconque (...) a commis des crimes aussi graves", a estimé dans un communiqué l'organisation.

Lundi, M. Béchir s'était rendu en Erythrée, pour son premier voyage officiel à l'étranger depuis la décision de la CPI. Il est aussi question qu'il se rende au sommet arabe fin mars au Qatar, autre pays non signataire du traité de Rome.

Mais le comité des oulémas soudanais a émis une fatwa lui déconseillant de s'y rendre, évoquant un possible piège.

Aussitôt après la décision de la CPI, Khartoum a ordonné l'expulsion de 13 des plus importantes ONG internationales actives au Darfour, les accusant de collaboration avec la Cour et d'espionnage.

S'exprimant du siège des Nations unies à New York, le Premier ministre Gordon Brown, qui s'est entrenu avec le secrétaire général Ban Ki-moon, a appelé la communauté internationale à faire pression sur le Soudan pour qu'il revienne sur cette décision.

"Il est très important que nous disions au président du Soudan que les agences humanitaires font un travail vital", a dit à la presse M. Brown.

March 19, 2009

Mandela salue la réouverture au public de son ancienne maison de Soweto

L'ancien président sud-africain Nelson Mandela a salué jeudi la réouverture au public, après un an de travaux de rénovation, de la maison de Soweto où il a vécu avant son arrestation par le régime d'apartheid.

"Cette humble demeure témoigne évidemment d'un combat et d'un sacrifice, mais démontre aussi la capacité de l'esprit humain à surmonter l'adversité", a commenté Nelson Mandela dans un courrier lu par sa fille Zinzi lors de la cérémonie de réouverture du musée.

"Il est mérité que le 8115 Ngakane Street, Soweto, entre dans les institutions qui servent à préserver l'histoire de notre pays et à la rendre accessible aux générations futures", a-t-il ajouté.

Le héros de la lutte anti-apartheid avait emménagé en 1946 avec sa première épouse Evelyn dans cette maisonnette du célèbre township du sud-ouest de Johannesburg, où il a vécu jusqu'à son arrestation en 1962 par la police du régime raciste.

A sa libération en 1990, après 27 ans derrière les barreaux, il avait passé onze jours dans cette maison avant de s'installer dans sa résidence actuelle de Johannesburg.

Le bâtiment avait été transformé en "Musée de la famille Mandela" par sa deuxième épouse Winnie Madikizela en 1977 et présente un bric-à-brac de souvenirs, incluant des photographies, les diplômes honorifiques accordés à Mandela dans le monde entier et des cadeaux divers.

Les travaux ont permis de rénover le toit du bâtiment et d'installer des équipements audio relatant le combat de Nelson Mandela.

Gabon: de nombreux chefs d'Etat africains aux obsèques de la Première dame

Dix chefs d'Etat et deux chefs de gouvernement africains ont assisté jeudi aux obsèques et à l'hommage officiel de la Nation gabonaise à la Première dame gabonaise Edith Lucie Bongo Ondimba, décédée samedi au Maroc, a constaté l'AFP.

Les présidents béninois Thomas Yayi Boni, centrafricain François Bozizé, équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema, ivoirien Laurent Gbagbo, malien Amadou Toumani Touré, santoméen Fradique de Menezes, tchadien Idriss Deby Itno et togolais Faure Gnassingbé ont assisté aux cérémonies présidées par le président gabonais Omar Bongo Ondimba et le père de la défunte, le président congolais Denis Sassou Nguesso.

Les chefs de gouvernement de Mauritanie et de Guinée, plusieurs Premières dames et de nombreux ministres étaient également présents.

La France était représentée par le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, et le secrétaire d'Etat français à la Coopération, Alain Joyandet. "Nous sommes ici pour transmettre les condoléances du président de la République à la famille Bongo", a déclaré M. Joyandet à l'AFP précisant qu'aucune rencontre même extra-officielle n'était prévue.

Les obsèques ont commencé vers 10H00 (09H00 GMT). Après une cérémonie oecuménique et une interruption vers 16H00, l'hommage s'est poursuivi par des témoignages et discours de personnalités qui devaient prendre fin en soirée.

Toutes les télévisions gabonaises ont supprimé leurs programmations habituelles pour retransmettre les obsèques en direct.

Après une nouvelle veillée au Palais présidentiel, la dépouille de Mme Bongo sera rapatriée vendredi vers Edu, dans le nord du Congo, où elle sera inhumée dans le cimetière familial, conformément "aux us et coutumes de l'ethnie Mbochi" à laquelle elle appartenait.

Fille aînée du président congolais, docteur en médecine, Edith Lucie Bongo, 45 ans, avait épousé Omar Bongo, 73 ans, en 1990. Elle avait eu deux enfants avec le président gabonais. Elle est décédée samedi à Rabat où elle était hospitalisée depuis plusieurs semaines.

Le gouvernement gabonais a décrété un "deuil national" sur le territoire gabonais jusqu'aux funérailles de Mme Bongo. La journée de jeudi était fériée.

Madagascar: le Parlement suspendu, le nouveau pouvoir contesté à l'étranger

Le nouveau président de transition de Madagascar Andry Rajoelina a annoncé jeudi la suspension des "activités de l'Assemblée nationale et du Sénat", 48 heures après son accession au pouvoir contestée par les Etats-Unis et l'Afrique australe.

Les pouvoirs du Parlement, largement dominé par les partisans de Marc Ravalomanana forcé de démissionner de la présidence, seront exercés par deux nouvelles institutions - une "Haute Autorité pour la transition" et un "Conseil pour le redressement économique et social" - ainsi que par le gouvernement, a déclaré à la presse le nouveau porte-parole du gouvernement, Augustin Andriamananoro.

Cette décision a été annoncée à l'issue du premier Conseil des ministres présidé par M. Rajoelina, 34 ans, surnommé "TGV" pour son caractère fonceur.

La "Haute Autorité pour la transition est garante du fonctionnement régulier des institutions et de la démocratie durant la période transitoire qui ne peut excéder 24 mois", a ajouté le porte-parole.

La Haute Cour constitutionnelle de Madagascar a officiellement entériné mercredi l'accession au pouvoir de M. Rajoelina. Auparavant elle avait validé l'ordonnance par laquelle le président Ravalomanana, lâché par l'armée, a démissionné mardi en transférant les pleins pouvoirs à un directoire militaire, qui les a ensuite remis au chef de l'opposition.

M. Rajoelina, qui a rencontré jeudi le nouvel ambassadeur de France à Madagascar Jean-Marc Châtaigner venu "en visite de courtoisie", a estimé que la question de la reconnaissance de son pouvoir par la communauté internationale ne se posait plus. "La question n'est plus la reconnaissance, mais la façon dont nous allons diriger la transition", a-t-il assuré.

Pourtant, la communauté internationale, restée jusque-là prudente, a commencé jeudi à contester ce changement intervenu à la tête de l'Etat malgache après trois mois de crise entre MM. Rajoelina et Ravalomanana et une centaine de morts.

La Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) a indiqué qu'elle ne reconnaissait pas l'ancien maire d'Antananarivo dans ses nouvelles fonctions, appelant l'Union africaine (UA) à faire de même et menaçant de prendre des sanctions.

"La SADC ne reconnaît pas Rajoelina comme président car sa nomination viole non seulement la Constitution de Madagascar mais aussi les principes internationaux comme les protocoles de la SADC, de l'UA et des Nations unies", a indiqué, après une réunion extraordinaire, l'organe de sécurité du bloc régional dont la Grande Ile est membre.

L'Afrique australe, qui entend "aider à trouver une stratégie" de sortie de crise, prévient "qu'en cas de non respect et de non coopération par le régime de facto, la SADC considérerait des sanctions appropriées ou l'utilisation de tous les moyens disponibles pour rétablir l'ordre à Madagascar".

 
Les Etats-Unis ont de leur côté estimé "non démocratique" ce changement à la tête de l'Etat et annoncé qu'ils étaient "en train d'évaluer l'impact que ce transfert va avoir" sur leurs relations avec le gouvernement de Madagascar.

La Norvège, quant à elle, a décidé de poursuivre le gel de son aide bilatérale, estimée à 10,3 millions d'euros par an.

L'UA a pour sa part reporté à vendredi une réunion sur la situation à Madagascar de son Conseil de paix et de sécurité qui était prévue jeudi à Addis Abeba.

Mercredi, l'ONU avait dit n'être pas en mesure de prononcer sur la légalité du nouveau pouvoir, tout en indiquant ne pas tolérer les "changements de gouvernement anticonstitutionnels"

RDC : L’ambassade de Londres entre crasse et anarchie (1)

Jeudi 5 mars 2009, une dame anglaise pousse la porte de l’ambassade de la RDC à Londres, mais elle ne la franchira pas et la referme précipitamment. Elle sort son téléphone et prévient son interlocuteur que l’adresse de l’ambassade de la RDC qu’il lui a donnée n’était pas la bonne car elle s’est retrouvée dans un squat.

Cette dame était bel et bien à la bonne adresse. Effectivement, cette représentation diplomatique est devenue un squat et nage dans une belle crasse. La réception est confinée dans un couloir lugubre et mal éclairé : une brave dame enceinte y est assise sur une chaise et se sert d’un meuble de fortune comme bureau dans un couloir d’à peine 70 cm de large, avec des murs noircis par la fumée, une boîte électrique déglinguée qui pend au dessus de sa tête. Des passeports des personnes qui demandent un visa pour Kinshasa sont là posés sur le meuble difforme. Juste à côté, dans une pièce vitrée qui servait de réception : valises, casseroles, réchaud, vêtements, lave-vaisselle, machine à laver, un téléviseur allumé… La pièce est salement bondée du mobilier et des appareils électroménagers trop vieux des familles de diplomates qui squattent l’ambassade.

Ado peut-il être élu ?

On imagine mal la Côte d'Ivoire sans élection présidentielle d'ici à la fin de l'année. Pour les principaux candidats, c'est l'heure du destin. L’élection présidentielle ivoirienne aura-t-elle lieu cette année ? Les pessimistes pensent que le président Laurent Gbagbo, qui ne veut pas prendre le risque de perdre le pouvoir, n’ira à ce rendez-vous que sous la contrainte.

Les optimistes pensent, quant à eux, que ce scrutin pourrait se tenir en 2009, après trois années successives de report, une fois que l’opération d’enrôlement des populations sur les listes électorales aura été bouclée. Parce que Laurent Gbagbo n’aurait plus alors aucune excuse pour le repousser davantage. Et parce que les partis d’opposition n’auraient pas d’autre choix que de mettre la pression dans ce sens, sous peine de se faire désavouer par leurs militants qui piaffent d’impatience, après une attente aussi longue. Techniquement, selon eux, l'élection pourrait se tenir en octobre ou novembre prochains. Ce serait alors la première fois que se présenterait Alassane Dramane Ouattara, dit ADO, le président du Rassemblement des républicains (RDR).

Depuis qu’il a fait irruption sur la scène politique ivoirienne, l’ancien gouverneur de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) est au centre de tous les débats et de toutes les polémiques. Non pas que ses compétences soient sujettes à caution (il a été Premier ministre de 1990 à 1993, et a suppléé le chef de l’État, Félix Houphouët-Boigny, pendant sa longue agonie), mais à cause du débat sur sa nationalité, ou du moins celle de ses parents. Pour bon nombre d’Ivoiriens, ADO est Burkinabè, au moins par son père, et il n'est pas question d'élire un président étranger. D’autant que le concept d'ivoirité, lancé par Henri Konan Bédié, avait été compris par certains comme une manière de restituer aux Ivoiriens leur souveraineté, « menacée » par les « allochtones », installés pour certains dans le pays depuis plusieurs générations. Pour d’autres, la grande tare de Ouattara, c'est son origine nordiste et/ou musulmane. Dans l’inconscient de certains, les gens du Nord, surtout les Dioulas considérés comme des nomades venus d’ailleurs, seraient juste bons à faire du commerce ou gagner leur vie dans le transport, pendant que le pouvoir politique devrait être exercé par les populations du Sud. La Constitution, qui avait écarté Ouattara des élections dans les années 1990, est toujours en vigueur. Mais, à la suite de l’accord de Pretoria du 6 avril 2005, tous les signataires dudit accord sont autorisés à se présenter à la présidentielle.
Le chef de l’État ivoirien a dû, pour y parvenir, user de l’article 48, qui l’autorise à prendre des mesures exceptionnelles lorsque les circonstances l’exigent. C’est également au nom de cet accord que l’ancien président, Henri Konan Bédié, qui atteint cette année la limite d’âge de 75 ans, fixée par la loi, est en droit de maintenir sa candidature. Ainsi donc, sauf manœuvre de dernière minute de Laurent Gbagbo, Alassane Dramane Ouattara sera candidat à la prochaine élection présidentielle. Mais c'est une chose d’être candidat. C'en est une autre d’être élu. ADO a-t-il des chances de devenir le prochain chef de l'État ivoirien ? Posée ainsi brutalement, la question suscite encore des réactions passionnées. Pour Kipré, un militant du FPI (Front populaire ivoirien), le parti de Laurent Gbagbo, une victoire d’ADO est tout simplement inimaginable. « Vous croyez que les Ivoiriens sont devenus assez fous pour choisir un Burkinabè comme président ? » Lorsque nous lui faisons remarquer que la question de la nationalité de Ouattara a depuis longtemps été tranchée, et que cela fait un bail qu'il ne se passe pas une réunion entre leaders politiques ivoiriens sans qu’il y participe, François Kipré répond que, pour la majorité de ses compatriotes, Ouattara demeurera toujours un Burkinabè, dont l’unique préoccupation, s’il accède au fauteuil présidentiel, sera de donner toutes les forêts du pays à « ses frères burkinabè ». Jean Michel, jeune cadre de banque et militant actif du PDCI (Parti démocratique de Côte d'Ivoire) d’Henri Konan Bédié, parti allié au RDR d’ADO, pense pour sa part que Ouattara n’a aucune chance de devenir président, parce que « la question de sa nationalité est présente dans les esprits, et Ouattara reste – dans l’inconscient des populations, surtout au Centre et à l’Ouest, qui ont le plus souffert de la guerre – la cause de ce conflit ».

On n’en pense pas moins à la direction du PDCI, même si, alliance oblige, la langue de bois veut qu’on lui trouve toutes les qualités. Mais lorsque l’on pousse ces dirigeants dans leurs derniers retranchements, certains avouent, sous le sceau de l’anonymat, qu’ils ne croient guère en son éventuelle victoire dans les urnes. « On ne peut pas faire abstraction de la donne tribale dans les prochaines élections, nous avoue l’un d’eux. Or le groupe akan est majoritaire dans le pays. Et il est majoritairement PDCI. Certes, les lignes ont quelque peu bougé en ville, et au sein de la jeunesse estudiantine, mais pas de manière très significative. Si les populations du Nord, qui soutiennent Ouattara, sont présentes dans tout le Sud, elles y sont en minorité. Et les villes du Nord, où elles sont majoritaires, ne sont pas très peuplées. En outre, parmi ceux que l'on appelle communément dioulas, il y a beaucoup d’étrangers originaires du Burkina, de Guinée ou du Mali, qui ne peuvent pas voter. » Lorsque nous faisons remarquer à notre interlocuteur que le RDR avait remporté la majorité lors des dernières élections municipales, il rétorque que c'était un scrutin exclusivement citadin : « Le RDR a gagné dans les villes de l’Ouest, parce que les Dioulas y sont les plus nombreux. À Bouaké, le PDCI a perdu face au RDR, du fait de sa division. Il avait présenté deux candidats, mais le total de leurs voix dépasse les suffrages pro-RDR.
Dans les campagnes de l’Ouest, ce sont les Akans qui sont les plus nombreux. Et eux n’ont pas participé aux municipales. » Analyse totalement récusée par certains militants du RDR, qui ne sont pas convaincus de la suprématie démographique des Akans et de leur adhésion monolithique au PDCI. Pour Alain Touré, enseignant à la faculté de droit d’Abidjan, ceux qui font ce genre d’analyse se trompent lourdement : « Ils n’ont pas compris que les données sociologiques de ce pays ont été profondément bouleversées depuis quelques années. Il n’y a pas eu de recensement depuis longtemps, donc personne ne sait quelle ethnie est vraiment majoritaire. Et puis, les jeunes d’aujourd’hui n’ont plus les mêmes réflexes que leurs aînés. Accoler un parti à quelqu’un en fonction de son nom peut être une grave erreur. »

Tout cela n’empêche pas pour autant Félix, membre de la FESCI (Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire), ce syndicat d’étudiants proche de Laurent Gbagbo, de penser qu’une victoire d'ADO serait tout simplement dangereuse pour le pays. « S’il devient président, la Côte d’Ivoire explosera dans les heures qui suivront. Parce que les “vrais” Ivoiriens n’accepteront jamais une telle chose. Regardez son parti. Il est composé des populations du Nord, qui sont venues des pays voisins nous envahir. Ce sera comme le Kosovo. On a arraché le Kosovo à la Serbie. Nous, nous prendrons les mesures pour qu’une telle situation ne se produise pas chez nous. » Une opinion partagée par quelques diplomates occidentaux, qui restent persuadés que les populations sudistes n’accepteront jamais une élection éventuelle de Ouattara. « Les partisans de Laurent Gbagbo pourraient créer une nouvelle rébellion à partir de l’Ouest, si jamais Ouattara était élu », nous affirme l’un d'entre eux. Depuis le début de l’enrôlement des populations sur les listes électorales, c’est pratiquement tous les jours que les journaux proches du chef de l’État mettent le public en garde contre les étrangers qui chercheraient à s’inscrire sur les listes électorales. Et il ne se passe pratiquement pas un jour sans que l'un de ces médias fasse mention de cas de fraudes, toujours attribuées au RDR... Au début de l’opération d’enrôlement, des militants de la FESCI avaient même saccagé des centres, au motif que des étrangers s’y seraient fait enrôler.

Le RDR, parti des populations du Nord, des étrangers ou des musulmans ? Adama Bictogo, un proche d’Alassane Dramane Ouattara admet en partie le raisonnement : « Notre parti, comme tous les partis ivoiriens, a une base sociologique qui recouvre une ethnie ou une région. La nôtre est constituée du Nord de la Côte d’Ivoire, qui est majoritairement musulman. » Mais Henriette Dagry Diabaté, secrétaire générale du parti, elle-même originaire du Sud, mariée à un Nordiste, nuance un peu les choses. « Les gens oublient que celui qui a fondé le RDR est feu Djéni Kobina, qui était du Sud. Et c’est le parti qui est allé chercher Alassane Ouattara, non pas à cause de ses origines, mais en raison de ses compétences. C’est lorsqu’il a commencé à être victime de persécutions du fait de ces origines que tous ceux qui lui ressemblaient et qui vivaient les mêmes choses, c’est-à-dire les populations du Nord, ont rejoint sa formation. » Pour Maurice Bandama, l’un des plus grands écrivains ivoiriens, maire de Taabo, une petite commune du Sud de la Côte d’Ivoire, qui a rejoint le Rassemblement en 2000, au moment où il était totalement diabolisé et traqué, la situation a considérablement changé. « Aujourd’hui, le RDR est en train de s’implanter dans les régions qui lui étaient farouchement hostiles : le Centre, l’Est et l’Ouest. Partout où nous passons, nous sommes reçus avec respect par les notabilités. Ouattara a rencontré tous les rois et chefs traditionnels de Côte d’Ivoire, ce qui était impensable il y a quelques années. Nous enregistrons chaque jour de nouvelles adhésions, venant de toutes les régions. Parce que les gens ont compris qu’on leur a raconté beaucoup de mensonges sur le compte d'ADO. Et, devant les difficultés quotidiennes qu’ils doivent affronter, peu leur importe l’origine de celui qui pourrait les sauver. »

C’est ce que nous confirme Ehimance Sylvain, le responsable du RDR de la petite ville de Mafféré, située dans la région du Sanwi, à l’extrême sud-est du pays. Lui-même était autrefois membre du PDCI, parti qu’il a quitté parce qu’il avait été séduit par Marcel Amon-Tanoh, l’un des plus proches collaborateurs de Ouattara et qui est de la région. « Le jour où j’ai annoncé que j’avais adhéré au RDR, les gens qui me connaissaient sont venus tôt le matin chez moi pour me dire qu’ils étaient convaincus que je devenais fou, et qu’ils savaient qui pourrait me soigner. Mais aujourd’hui, nous sommes très bien implantés dans la région, même s’il reste encore beaucoup de travail à faire. Les gens sont très déçus par la façon dont le pays a été géré après Houphouët-Boigny. Ils connaissent l'origine de tous les problèmes qui les assaillent quotidiennement. Et ils se disent qu’ils pourraient bien donner une chance à Ouattara, dont la réputation de compétence est connue de tous, de prouver ce qu’il sait faire. Les gens ne sont plus guidés par la passion comme auparavant. Ils sont devenus plus raisonnables. Il y a aussi les actions que nous menons sur le terrain, telles que le don d’une voiture au roi du Sanwi, des aides apportées à diverses associations. Les gens sont sensibles à tout cela. »

Amadou Gon Coulibaly, secrétaire général délégué du RDR, nous donne encore plus de détails. S’il reconnaît que la majorité des premiers adhérents sont originaires du Nord, la base, selon lui, s’est considérablement élargie, et cela se traduit au niveau des instances du parti et dans les institutions auxquelles le RDR participe. « Sur nos dix conseillers économiques et sociaux, cinq sont du Sud. Lors de notre première participation à un gouvernement en 2002, nous avons hérité de trois ministères et d'un secrétariat d’état. Deux ministères revinrent à deux Nordistes, un Sénoufo et un Malinké, et un ministère et le secrétariat d’état revinrent à des Sudistes. Dans le gouvernement formé après les accords de Marcoussis, il y avait trois Sudistes sur sept ministres, et dans le gouvernement actuel, il y en a deux sur cinq. Lorsque le RDR aura les pleins pouvoirs après les élections, vous verrez bien que ce n’est pas un parti de Nordistes, parce que le critère qui prédominera sera celui de la compétence. Aujourd’hui, nous sommes obligés de faire une alchimie qui tienne compte de ce critère, mais aussi du militantisme, de la fidélité et de la géopolitique. »

Au début du mois de février, un quotidien ivoirien avait titré sur le soutien apporté à Alassane Dramane Ouattara par un groupe de pasteurs évangéliques. Ce n'est pas anecdotique, lorsque l’on sait que Ouattara est musulman et Laurent Gbagbo chrétien évangélique, et que certains avaient essayé de présenter le conflit entre les deux hommes comme une querelle entre l’islam et le christianisme... Et qu’en est-il des liens supposés entre Ouattara et la rébellion ? Amadou Gon Coulibaly balaie cette interrogation du revers de la main. « Plus personne n’y croit aujourd’hui. Il est vrai que la rébellion a repris à son compte les problèmes soulevés par le RDR, mais si notre leader avait été derrière elle, son épouse et lui n’auraient pas échappé de peu à la mort, le 19 septembre 2002, à leur domicile. Les Ivoiriens ont compris que la rébellion a été lancée par des militaires qui avaient eu des problèmes avec Gueï et qui étaient partis en exil. Lorsqu’il est arrivé au pouvoir, Gbagbo aurait dû jouer la carte de la réconciliation, mais il a choisi de les traquer et de faire juger les généraux Palenfo et Coulibaly, qui avaient été accusés de comploter contre Gueï. Voilà les dessous de ce “coup”. Mais à l'heure où Guillaume Soro est le Premier ministre de Laurent Gbagbo, cette accusation n’a plus de sens. » Ces attaques étant levées, quels sont les atouts de Ouattara pour convaincre ses compatriotes dans la course présidentielle ? « Son charisme, dit d’emblée Adama Bictogo, avant d’ajouter : et l’organisation de son parti. » Pour Bandama, qui se présente comme un « admirateur, mais pas un laudateur » du président du RDR, c'est plutôt sa compétence. Puis, en vrac, son sens de l’organisation, sa courtoisie, sa ponctualité, son humilité, sa modernité, sa force de caractère – qui lui a permis de supporter toutes ses épreuves sans jamais se laisser habiter par le découragement, la haine ou l’esprit de revanche –, etc. Pour Amadou Gon Coulibaly, « aujourd’hui, les Ivoiriens perçoivent que c’est Ouattara qui a les capacités pour relever les défis auxquels ils sont confrontés. Parce qu’il a les aptitudes et le carnet d'adresses internationales nécessaires, qu'il est ouvert et qu'il a le plus de capacités à dépasser les clivages et contradictions du pays ». Mais le secrétaire général délégué du RDR reconnaît que les choses ne sont pas gagnées d’avance. « Nous devons faire oublier toutes les caricatures du parti et de son leader, continuer à étendre l'influence de notre formation au sud du pays, et continuer à faire connaître le vrai ADO. »

Pour les militants du RDR, à tous ces atouts de leur leader il faut ajouter les défauts de ses adversaires. Pour Bédié, il y a son grand âge (75 ans), sa gestion passée, qui fut pour le moins contestable, et l’ivoirité, dont on lui attribue la paternité, et qui est, pour beaucoup, à l’origine de la crise nationale. Pour Laurent Gbagbo, il y a son bilan actuel, jugé calamiteux par les partisants d'ADO, les scandales qui, chaque jour, viennent l'alourdir, et les violations des droits de l’homme.

Et qu’en est-il des reproches souvent entendus sur la propension du leader du RDR à passer plus de temps à l’extérieur de la Côte d'Ivoire que dans son pays ? Pour Bandama, tout le temps passé à l’étranger profite à son parti et à la Côte d’Ivoire. « Il a exercé les plus hautes fonctions dans le monde de la haute finance. Il est toujours consulté dans le monde entier en tant qu’expert. En plus, il cultive ses relations internationales au profit de son pays. Savez-vous qu’il se bat partout pour obtenir la réduction de notre dette ? » Et sa décision de ne pas présenter son parti aux législatives de 2000, n'était-ce pas une faute politique ? « Si faute il y a, c'est celle du parti, et non la sienne, même si, en bon leader, il l’a assumée. C’est le RDR qui a pris cette décision. Mais, pour nous, le boycottage était alors la meilleure attitude à adopter. »

Pourquoi donc, avec tous ces atouts en main, Ouattara ne se met-il pas en campagne, comme son allié Henri Konan Bédié ? « Chacun a sa stratégie, confie Adama Bictogo. La nôtre, en ce moment, est de nous battre pour que le maximum de nos militants se fassent inscrire sur les listes électorales. Et nous avons mis en place une organisation qui nous permet de connaître exactement, au jour le jour, le nombre de militants dans ce cas. L’important n’est pas de courir, mais de partir à point. Le moment venu, ADO sera sur le terrain. Il ne lui faudra pas plus de deux mois pour couvrir tout le pays. » Ce que confirme Amadou Gon Coulibaly : « Le plus important, en ce moment, c'est l’identification. Nous sommes le seul parti à avoir un secrétaire national à l’identification. Nous avons mené une bonne campagne de sensibilisation, il y a eu une forte mobilisation. Sur le plan technique, on peut dire que nos responsables ont fait du bon boulot. Mais notre souci principal est qu’il y ait des élections sécurisées, sur tout le territoire. N’oubliez pas que lors des scrutins précédents, il était difficile pour certains de voter dans des régions de l’Ouest. »

Qu’en sera-t-il du RHDP (Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix), cette plate-forme créée en 2005 et qui regroupe le RDR, le PDCI, le MFA (Mouvement des forces de l'avenir) et l’UDPCI (Union pour la démocratie et la paix en Côte d'Ivoire) ? Selon cet accord, chaque formation est libre de présenter un candidat au premier tour de l’élection présidentielle. Mais au second tour, il soutiendra le candidat du Rassemblement le mieux placé. Sera-t-il respecté ? « C’est une décision politique prise par nos leaders, et qu’ils essaient de faire accepter par leurs appareils, nous dit Amadou Gon Coulibaly. Le passé est toujours présent dans la tête de certains militants, mais il ne menace pas l’alliance. Jusqu’à présent, chaque partie a loyalement joué le jeu. » Henriette Dagry Diabaté reconnaît également que si l’entente est parfaite au plus haut niveau, les choses sont plus mitigées sur le terrain. « Il y a des irréductibles. Il y a chez nous ceux qui restent convaincus que c’est Bédié qui a lancé l’ivoirité diabolisant notre leader et exclu une partie de la population. Et chez les autres, il y a ceux qui restent convaincus que Ouattara est burkinabè et qu'il est l’auteur du coup d’État contre Bédié. Mais ils ne représentent qu’une petite minorité. Les esprits changent. »

Alors, ADO, prochain président de la Côte d’Ivoire ? Les militants du RDR en rêvent. Pour bon nombre d’entre eux, cela ne fait même pas l’ombre d’un doute. Malgré la machine bien huilée du parti, et toutes les compétences reconnues de son leader, tout cela se traduira-t-il en votes ? Tous ceux qui ont déjà rencontré Ouattara, même lorsqu’ils ne font pas partie de ses « fans », le trouvent chaleureux, brillant, compétent, charmant et très ouvert d’esprit. Il a indéniablement les qualités nécessaires pour diriger la Côte d’Ivoire. Mais il donne aussi le sentiment d’être un peu trop policé, un peu trop « européen », pas assez « broussard », en quelque sorte pas assez « villageois ». Son éducation personnelle et sa longue carrière dans les instances internationales n’y sont pas pour rien. Si cette qualité est bien appréciée dans les salons de Paris ou de Washington, là où se décide le sort du monde, elle pourrait en revanche constituer un handicap face à un Laurent Gbagbo populiste à souhait, qui sait parler aux Ivoiriens le langage de la rue, manger avec eux des bananes braisées achetées aux vendeuses des rues et distribuer l’argent là où il faut pour acheter des consciences très affaiblies par la pauvreté. Autre handicap de Ouattara, qui est aussi celui de Bédié, il a pratiquement quitté la scène politique depuis 2000. On ne le voit que très rarement à la télévision, contrôlée très étroitement par Laurent Gbagbo. Les jeunes qui voteront cette année avaient à peine 8 ans lorsqu’il passait fréquemment sur le petit écran. Et tout ce que Bédié et Ouattara avaient pu réaliser de positif du temps de leurs passages aux affaires est pour une grande part oublié aujourd’hui. Surtout pour ADO, qui fut à la tête de l’État il y a une quinzaine d'années. Enfin, il aura face à lui des adversaires ou des alliés pour qui cette élection sera la dernière ou la plus importante de leur vie politique. Des adversaires ou des alliés, des politiciens madrés, qui seront prêts à tout pour gagner. La prochaine bataille électorale ivoirienne s'annonce palpitante.
Par Venance Konan, correspondant permanent.

http://www.afriquemagazine.com/article/article.asp?id_article=1160679296875

L'Afrique australe ne reconnaît pas le nouveau président malgache

La Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) ne reconnaît pas le nouveau président malgache Andry Rajoelina et appelle l'Union africaine (UA) à faire de même, a indiqué jeudi à Mbabane l'organe de sécurité de ce bloc régional.

"La SADC ne reconnaît pas Rajoelina comme président car sa nomination viole non seulement la Constitution de Madagascar mais aussi les principes internationaux comme les protocoles de la SADC, de l'UA (Union africaine) et des Nations unies", écrit cet organe dans un communiqué.

"La SADC appelle la communauté internationale et l'UA à ne pas reconnaître Rajoelina en tant que président", poursuit-il après une réunion extraordinaire au Swaziland.

Madagascar est un des quinze membres de la SADC, dont l'organe de sécurité est actuellement composé de l'Angola, du Swaziland et du Mozambique.

La Haute Cour constitutionnelle de Madagascar a officiellement entériné mercredi l'accession au pouvoir de M. Rajoelina.

March 16, 2009

Madagascar : La maison de l’archevêque d’Antananarivo prise de mire

Des inconnus tentent de mettre le feu à la maison de l'archevêque d'Antananarivo ; "l'affrontement politique risque de dégénérer en affrontement religieux", affirment des sources locales contactées par l'agence vaticane Fides.

"La situation reste tendue notamment parce que l'affrontement politique risque de dégénérer en affrontement religieux", affirment à l'Agence Fides des sources de Radio Don Bosco d'Antananarivo, capitale de Madagascar. "Cette nuit, 12 mars, des inconnus ont tenté de mettre le feu à la résidence de Mgr Odon Marie Arsène Razanakolona, archevêque d'Antananarivo. L'intervention des forces de l'ordre a évité le pire", soulignent nos sources.

"Alors que sur le plan politique la rencontre qui devait se tenir aujourd'hui entre le président Ravalomanana et le maire destitué Antananarivo, Rajoelina a été annulée, il semble évident que les militaires ont une voix toujours plus importante. Le nouveau chef d'Etat Major, le général André Andriarijaona, a été choisi par les militaires et non par le président comme la loi le prévoit".

Le nouveau Chef d'Etat Major a révoqué l'ultimatum de 72 heures lancé aux politiques par son prédécesseur, le général Rasolofomahandry, pour qu'ils trouvent une solution à la crise. "M ais les militaires continuent à exercer des pressions sur la classe politique pour qu'elle trouve un compromis, même s'ils affirment ne pas vouloir faire de coup d'Etat ou imposer un régime militaire. L'incertitude demeure sur l'attitude des forces armées et de police. Mais il apparaît évident que la plus grande partie des unités militaires sont formés des soldats de la caserne CAPSAT (Corps d'Administration des Personnels et Services de l'Armée de Terre), en révolte depuis plusieurs jours parce qu'ils refusent de tirer contre des civils sans défense. La gendarmerie s'est aussi alliée avec eux et dans les prochaines heures, nous saurons si la police s'ajoutera à eux", affirment nos sources.

"Les militaires rebelles affirment être neutres et vouloir exercer des pressions pour faire sortir le pays de la crise, mais ils sont de fait alliés avec le principal opposant, le maire destitué de la capitale Rajoelina. Le président Ravalomanana apparaît toujours plus isolé, au point que les militaires ont confisqué l'avion présidentiel, peut être pour éviter une fuite éventuelle du chef de l'Etat. En somme, une crise ouverte dont les développements créent des préoccupations pour l'avenir de l'île", concluent les sources de Fides.

March 14, 2009

PREMIER VOYAGE DU PAPE EN TERRE AFRICAINE

Ce sera le premier voyage du Pape en terre africaine, et son 11ème voyage apostolique international en dehors de l'Italie. Le Pape a choisi avec le Cameroun, un pays bilingue (anglais et français), ce qui l'amène à mettre les pieds pour la première fois en Afrique, dans un pays qui a reçu sa foi catholique des Allemands.

Benoît XVI a confié son vif désir de rencontrer les populations africaines dans son discours annuel au Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège le 8 janvier dernier : « Dans quelques mois, disait-il, j'aurai la joie de rencontrer beaucoup de frères et sœurs dans la foi et en humanité qui vivent en Afrique ».

Il avait ajouté ses vœux de paix et ses encouragements à lutter contre la pauvreté : « Dans l'attente de cette visite que j'ai tant désirée, je prie le Seigneur afin que leurs cœurs soient disponibles à accueillir l'Évangile et à le vivre avec cohérence, en construisant la paix par la lutte contre la pauvreté morale et matérielle ». Le Pape a souvent exprimé un souci particulier pour les enfants africains.

Ce voyage comporte deux étapes, Le Cameroun puis l'Angola. Chacune a un sens pour le continent comme pour l'Église.

Le Cameroun quant à lui symbolise une « Afrique en miniature », c’est un pays bilingue qui a en outre une très grande diversité culturelle et religieuse. A ce titre, il représente un cadre idéal pour s’adresser à toute l’Afrique. Il connaît ces derniers temps un approfondissement de la foi et le Pape nourrit beaucoup d’espoirs sur l’Afrique où le nombre de fidèles augmente, contrairement à l’Europe : augmentation du nombre de chrétien mais aussi d’évêques, de cardinaux et de diocèses.

Puis Benoit XVI ira ensuite en Angola où il célèbrera le 500ème anniversaire de la venue de l'évangile avec l'arrivée des colons portugais à l'embouchure du fleuve Zaïre en 1482. Elle a le plus grand pourcentage des chrétiens catholiques dans cette
région d’Afrique australe. Mais c'est aussi un pays qui a connu des années de guerre civile et qui retrouve la paix au cours d'une longue réconciliation.

March 07, 2009

Zimbabwe. Morgan Tsvangirai blessé dans un accident de la route

Morgan Tsvangirai et son épouse Susan se rendaient vendredi 6 mars à leur village natal de Murambinda, pour participer à un rassemblement politique, quand leur voiture a été percutée par un camion de transport de marchandises, vers 16H00 locales, à une cinquantaine de kilomètres au sud d’Harare.

Selon une source du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), le choc a été très violent et l’épouse du Premier ministre a été tuée sur le coup. Morgan Tsvangirai a été conduit dans un hôpital privé, où le président Robert Mugabe et sa femme Grace lui ont rendu visite, ainsi que plusieurs membres du gouvernement. Morgan Tsvangirai a pris ses fonctions il y a trois semaines, après un accord avec le président Mugabe pour mettre un terme à la crise politique qui paralyse le pays depuis plusieurs mois.

Selon un responsable du MDC, les causes de l'accident n'étaient « pas claires ». Le conducteur du camion semblait s’être endormi, lors de l’accident. Morgan Tsvangirai « va bien », a déclaré un responsable gouvernemental. Cet accident pourrait remettre en cause la rencontre prévue lundi à Harare entre une mission du Fonds monétaire international et le Premier ministre, pour mettre au point une aide financière d'urgence.

Après des mois de violences politiques, l'économie du pays est sinistrée. Il y a pénurie de nourriture, l'inflation bat tous les records et l'épidémie de choléra ne cesse de frapper de nouvelles personne chaque jour.

Morgan Tsvangirai, 56 ans, qui a été victime d’attentats et de violences de la part des partisans du président Mugabe a pris ses fonctions il y a trois semaines en tant que Premier ministre d'un gouvernement d'union, après un accord avec son rival historique pour mettre fin à la crise politique qui paralysait le pays depuis des mois.

March 05, 2009

Mandat d'arrêt: Béchir expulse des ONG du Darfour

Le président soudanais Omar el-Béchir a répliqué jeudi au mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) en expulsant des ONG internationales du Darfour, menaçant l'acheminement d'une aide humanitaire vitale pour des centaines de milliers de civils.

Dans le même temps, le président, visé par un mandat pour crimes de guerre et contre l'humanité dans cette région de l'ouest du Soudan en proie depuis 2003 à une guerre civile, a fustigé le "néo-colonialisme" occidental.

Le président a confirmé l'expulsion, annoncée la veille, de 10 ONG actives au Darfour, théâtre de la plus importante mission humanitaire au monde, selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA).

Le conflit, qui a fait 300.000 morts selon l'ONU, 10.000 selon Khartoum, a déplacé 2,7 millions de personnes très dépendantes de l'aide humanitaire.

"Nous expulsons 10 ONG parce qu'elles ont violé les lois du pays et n'ont pas respecté leur mandat", a déclaré Omar el-Béchir lors d'un Conseil des ministres.

Et d'autres ONG pourraient prendre le même chemin, a prévenu le chef de la Commission soudanaise des Affaires humanitaires (HAC), Hassabo Mohammed Abdou Rahmane, accusant la dizaine d'organisations déjà sommées de partir d'avoir collaboré avec la CPI.

"D'autres ONG sont dans la ligne de mire et font l'objet d'une enquête, a-t-il averti. Le processus d'expulsion pourrait se poursuivre".

Les autorités ont révoqué les permis des ONG françaises Solidarités et Action contre la Faim (ACF), de Médecins sans frontières (MSF-France et Hollande), du Conseil Norvégien des réfugiés (NRC), des organisations américaines Care, IRC, Mercy Corps et CHF ainsi que des britanniques Oxfam et Save the Children.

"Cela représente près de la moitié" des programmes de l'ONU sur le terrain, a déclaré à l'AFP un haut responsable de l'ONU sous le couvert de l'anonymat.

"Cela va avoir un impact immédiat sur l'acheminement de l'aide humanitaire" au Darfour, a souligné cette source. Les agences de l'ONU, dont le programme alimentaire mondial (PAM), fournissent des vivres et de l'aide à 4,7 millions de personnes au Soudan, dont 2,7 millions au Darfour.

Entre deux et trois cents humanitaires étrangers devront quitter le pays à très brève échéance, selon des pointages de l'AFP basés sur les effectifs des dix ONG interdites d'opérer au Darfour et à Khartoum.

Des hauts responsables de l'ONU devaient cependant rencontrer jeudi la HAC dans l'espoir de révoquer ces ordres d'expulsion.

"Ils nous ont dit de quitter le pays dans les 24 heures", a indiqué un humanitaire sous le couvert de l'anonymat.

"Nous sommes extrêmement peinés par la fermeture forcée de nos opérations", a déclaré le président de l'ONG américaine IRC, George Rupp.

"C'est absurde que nous, une organisation indépendante et impartiale, ayons été pris dans un processus politique et juridique", a déclaré le directeur des opérations de MSF-Hollande, Arjan Hehenkamp. "C'est totalement inacceptable que les gens du Darfour soient privés de soins médicaux essentiels", a-t-il ajouté.

Quelque 16.500 humanitaires travaillent au Darfour, dont 95% de Soudanais embauchés localement. "La décision risque aussi de faire perdre leur emploi à des milliers de Soudanais travaillant pour ces ONG" a souligné la source onusienne.

Devant plus de 10.000 manifestants très remontés dans le centre de Khartoum, le président soudanais a également pourfendu l'Occident.

"Les véritables criminels, ce sont les leaders des Etats-Unis et de l'Europe", a lancé le président soudanais.

"Cela fait 20 ans que nous sommes sous la pression du néo-colonialisme et de ses instruments comme la CPI, le Conseil de sécurité des Nations unies et le Fonds monétaire international", a-t-il affirmé.

March 03, 2009

Malgré l'assassinat du président, l'ordre règne en Guinée-Bissau

L'ordre constitutionnel est "respecté en ce moment" en Guinée-Bissau, en dépit de l'assassinat du président João Bernardino Vieira et du chef d'état-major des armées, et "la transition assurée par le président de l'Assemblée nationale", affirme lundi 2 mars le secrétaire d'Etat aux affaires étrangères portugais, João Gomes Cravinho, à l'issue d'une réunion d'urgence de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) à Lisbonne. Selon la Constitution de la Guinée-Bissau, colonie portugaise jusqu'en 1974, après l'assassinat du président Vieira lundi par des militaires, le président de l'Assemblée nationale est chargé de l'intérim et doit organiser une élection présidentielle dans les soixante jours.

"La situation à Bissau est calme. Il n'y a actuellement besoin d'aucune force militaire ou internationale en Guinée-Bissau", a encore déclaré M. Cravinho. "Si cela s'avérait nécessaire, des mesures seraient prises", a-t-il toutefois assuré. "Les informations faisant état d'un coup d'Etat sont des spéculations", a déclaré pour sa part le secrétaire exécutif de la CPLP, Domingos Simoes Pereira, qui a affirmé, au cours de cette même conférence de presse, avoir "parlé régulièrement au cours de la journée avec les autorités de Guinée-Bissau, avec le premier ministre [Carlos Gomes Junior] comme avec le président de l'Assemblée nationale".

APPELS AU RESPECT DE LA LÉGALITÉ

La communauté internationale dans son ensemble condamne l'assassinat du président bissau-guinéen. La Maison Blanche appelle au calme ainsi qu'au respect des règles de désignation d'un successeur au chef de l'Etat. Le ministère des affaires étrangères algérien "condamne avec la plus grande vigueur ces odieux assassinats qui mettent en péril la stabilité et la sécurité dans ce pays frère déjà fragilisé par une série de crises successives". Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon s'est dit "profondément attristé et consterné" par ces événements.

Le chef de l'Etat nigérian Umaru Yar'Adua, qui préside la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao), appelle "les forces armées et les autres organes de sécurité de la Guinée-Bissau à s'abstenir de tout acte susceptible de plonger un peu plus le pays dans le chaos et l'instabilité politique". Le président de la Commission de l'Union africaine, Jean Ping, dénonce un "acte criminel" d'autant plus "grave" qu'il intervient "à un moment où des efforts étaient entrepris pour consolider la paix après les élections [législatives] de novembre, qui s'étaient déroulées dans des conditions correctes".
LEMONDE.FR avec AFP

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Une querelle d’ego perd le Président

Après un attentat meurtrier contre le chef d’état-major, ses partisans abattent Joao Bernardo Vieira. Le pouvoir décapité sur fond de rivalités ethniques.
Il a fini comme il a commencé, par un putsch. Le président Joao Bernardo Vieira, surnommé "Nino" ("le petit"), a été assassiné lundi matin à son domicile, par des soldats.
Selon le récit d’un journaliste local, les insurgés ont commencé à assiéger la résidence, une villa du centre de Bissau, un peu avant l’aube. Après une longue fusillade avec les gardes du corps et des tirs de roquettes, les mutins ont pénétré la résidence. "Le Président était encore vivant, selon cette source. Ils lui ont dit qu’ils venaient venger leur chef d’état-major, Batista Tagmé Na Waie. Puis ils l’ont abattu". Plus tard, le corps de Nino Vieira a été chargé dans un véhicule pour être emmené à l’hôpital. La nonchalante capitale de la Guinée-Bissau a vécu, ces dernières 48 heures, l’une de ces poussées de fièvre dont elle est coutumière, aussi violente que soudaine.

Bombe sous l’escalier

Dimanche soir, le vieux chef d’état-major rentre au quartier général de l’armée, dans ce qui lui tient lieu de bureau, une pièce nue aux murs écaillés avec un vieux bureau tout usé. De toute façon, Tagmé Na Waie, un homme rude de 65 ans, dont une bonne partie en brousse, s’en servait peu : il ne savait ni lire, ni écrire A peine a-t-il posé le pied dans l’escalier, qu’une explosion secoue le bâtiment. La bombe, de forte puissance, était placée sous l’escalier. Il n’a pas survécu à ses blessures. Ses partisans, fous de colère, auraient alors monté le raid contre la présidence.

Depuis plusieurs semaines, la tension montait entre les deux hommes. En décembre et janvier, le Président et le chef d’état-major avaient été visés dans des tentatives de meurtre non élucidées. Ils se connaissent depuis la guerre d’indépendance. L’un comme l’autre avaient rejoint au début des années 60 le maquis fondé par Amilcar Cabral contre la férule coloniale portugaise. Le père de l’Indépendance, tué en 1973, n’a jamais vu le départ des Portugais, un an plus tard. Ni la suite de l’histoire de son pays, une longue litanie de coups d’Etat, réussis ou ratés.

Épuration des Balantes

"Nino" Vieira était, lui-même, arrivé au pouvoir en 1980 à la faveur d’un putsch. Au début, "primus inter pares", il n’a eu de cesse, tout au long des années 80, d’épurer le haut état-major pour éviter d’être lui-même victime d’un coup de force. C’est, d’ailleurs, en 1985-1986 que se noue le drame qui lui a sans doute coûté la vie lundi. A l’époque, Vieira agite la menace d’un putsch des Balantes pour se lancer dans une sanglante épuration. Les Balantes sont l’ethnie la plus nombreuse et la plus méprisée de Guinée-Bissau, surtout par les "côtiers", qui se sont plus volontiers mélangés aux colons. Ils se sont donc engagés en masse dans la guérilla indépendantiste, noyau de la future armée nationale.

Les officiers balantes n’ont jamais pardonné à Vieira cet épisode. Une décennie plus tard, ils se rangent au côté du chef d’état-major Ansoumane Mané, qui tente de renverser Vieira. Moins de deux ans de guerre civile (1998-1999), où le Sénégal et la Guinée-Conakry interviennent pour sauver Vieira, suffisent à détruire le peu d’infrastructures du pays. Rien, ou presque, n’a été reconstruit à ce jour, même le palais présidentiel, envahi par les herbes folles et les oiseaux. A la fin de la guerre, Vieira s’enfuit au Portugal et Mané se fait assassiner peu après. Les Balantes croient leur heure venue : leur champion, le politicien Kumba Yala, est triomphalement élu en 2000 lors de la première élection réellement démocratique de l’histoire du pays. Mais sa gestion calamiteuse lui vaut d’être déposé par le nouveau chef d’état-major, Verissimo Saebra Correia, un général proche de "Nino" alors en exil. Correia se fait lui-même tuer par des officiers balantes, dont Tagmé Na Waie, qui prend sa place en 2004. L’année suivante, l’insubmersible Vieira rentre au pays et se fait élire Président à la régulière. Yala, converti à l’islam et soutenu par Kadhafi, échoue.

Depuis, c’était la paix armée entre le renard "Nino" et les crocodiles de l’état-major. Dans un pays où la politique ressemble à un jeu d’échec mortel entre de vieux joueurs qui se connaissent par cœur, chacun guette le moindre faux pas de l’autre. Vieira réussit à convaincre les Européens de financer un plan de démobilisation de l’armée, vécu comme une provocation dans les casernes.

Tout s’accélère en août lorsque le chef d’état-major de la Marine, Bubu Na Tchuto, un Balante, convaincu de trafic de drogue à grande échelle, est démis. Sa tentative de coup d’Etat déjouée, il s’enfuit en Gambie. Vieira est soupçonné, lui aussi d’avoir trempé dans le trafic de cocaïne colombienne vers l’Europe, mais il a su rester discret. De la drogue, des armes, des rancœurs politiques, ethniques et personnelles.

Il ne manquait plus qu’une fin digne d’un polar. C’est fait.



Christophe Ayad

Mis en ligne le 03/03/2009

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