On imagine mal la Côte d'Ivoire sans élection présidentielle d'ici à la fin de l'année. Pour les principaux candidats, c'est l'heure du destin. L’élection présidentielle ivoirienne aura-t-elle lieu cette année ? Les pessimistes pensent que le président Laurent Gbagbo, qui ne veut pas prendre le risque de perdre le pouvoir, n’ira à ce rendez-vous que sous la contrainte.
Les optimistes pensent, quant à eux, que ce scrutin pourrait se tenir en 2009, après trois années successives de report, une fois que l’opération d’enrôlement des populations sur les listes électorales aura été bouclée. Parce que Laurent Gbagbo n’aurait plus alors aucune excuse pour le repousser davantage. Et parce que les partis d’opposition n’auraient pas d’autre choix que de mettre la pression dans ce sens, sous peine de se faire désavouer par leurs militants qui piaffent d’impatience, après une attente aussi longue. Techniquement, selon eux, l'élection pourrait se tenir en octobre ou novembre prochains. Ce serait alors la première fois que se présenterait Alassane Dramane Ouattara, dit ADO, le président du Rassemblement des républicains (RDR).
Depuis qu’il a fait irruption sur la scène politique ivoirienne, l’ancien gouverneur de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) est au centre de tous les débats et de toutes les polémiques. Non pas que ses compétences soient sujettes à caution (il a été Premier ministre de 1990 à 1993, et a suppléé le chef de l’État, Félix Houphouët-Boigny, pendant sa longue agonie), mais à cause du débat sur sa nationalité, ou du moins celle de ses parents. Pour bon nombre d’Ivoiriens, ADO est Burkinabè, au moins par son père, et il n'est pas question d'élire un président étranger. D’autant que le concept d'ivoirité, lancé par Henri Konan Bédié, avait été compris par certains comme une manière de restituer aux Ivoiriens leur souveraineté, « menacée » par les « allochtones », installés pour certains dans le pays depuis plusieurs générations. Pour d’autres, la grande tare de Ouattara, c'est son origine nordiste et/ou musulmane. Dans l’inconscient de certains, les gens du Nord, surtout les Dioulas considérés comme des nomades venus d’ailleurs, seraient juste bons à faire du commerce ou gagner leur vie dans le transport, pendant que le pouvoir politique devrait être exercé par les populations du Sud. La Constitution, qui avait écarté Ouattara des élections dans les années 1990, est toujours en vigueur. Mais, à la suite de l’accord de Pretoria du 6 avril 2005, tous les signataires dudit accord sont autorisés à se présenter à la présidentielle.
Le chef de l’État ivoirien a dû, pour y parvenir, user de l’article 48, qui l’autorise à prendre des mesures exceptionnelles lorsque les circonstances l’exigent. C’est également au nom de cet accord que l’ancien président, Henri Konan Bédié, qui atteint cette année la limite d’âge de 75 ans, fixée par la loi, est en droit de maintenir sa candidature. Ainsi donc, sauf manœuvre de dernière minute de Laurent Gbagbo, Alassane Dramane Ouattara sera candidat à la prochaine élection présidentielle. Mais c'est une chose d’être candidat. C'en est une autre d’être élu. ADO a-t-il des chances de devenir le prochain chef de l'État ivoirien ? Posée ainsi brutalement, la question suscite encore des réactions passionnées. Pour Kipré, un militant du FPI (Front populaire ivoirien), le parti de Laurent Gbagbo, une victoire d’ADO est tout simplement inimaginable. « Vous croyez que les Ivoiriens sont devenus assez fous pour choisir un Burkinabè comme président ? » Lorsque nous lui faisons remarquer que la question de la nationalité de Ouattara a depuis longtemps été tranchée, et que cela fait un bail qu'il ne se passe pas une réunion entre leaders politiques ivoiriens sans qu’il y participe, François Kipré répond que, pour la majorité de ses compatriotes, Ouattara demeurera toujours un Burkinabè, dont l’unique préoccupation, s’il accède au fauteuil présidentiel, sera de donner toutes les forêts du pays à « ses frères burkinabè ». Jean Michel, jeune cadre de banque et militant actif du PDCI (Parti démocratique de Côte d'Ivoire) d’Henri Konan Bédié, parti allié au RDR d’ADO, pense pour sa part que Ouattara n’a aucune chance de devenir président, parce que « la question de sa nationalité est présente dans les esprits, et Ouattara reste – dans l’inconscient des populations, surtout au Centre et à l’Ouest, qui ont le plus souffert de la guerre – la cause de ce conflit ».
On n’en pense pas moins à la direction du PDCI, même si, alliance oblige, la langue de bois veut qu’on lui trouve toutes les qualités. Mais lorsque l’on pousse ces dirigeants dans leurs derniers retranchements, certains avouent, sous le sceau de l’anonymat, qu’ils ne croient guère en son éventuelle victoire dans les urnes. « On ne peut pas faire abstraction de la donne tribale dans les prochaines élections, nous avoue l’un d’eux. Or le groupe akan est majoritaire dans le pays. Et il est majoritairement PDCI. Certes, les lignes ont quelque peu bougé en ville, et au sein de la jeunesse estudiantine, mais pas de manière très significative. Si les populations du Nord, qui soutiennent Ouattara, sont présentes dans tout le Sud, elles y sont en minorité. Et les villes du Nord, où elles sont majoritaires, ne sont pas très peuplées. En outre, parmi ceux que l'on appelle communément dioulas, il y a beaucoup d’étrangers originaires du Burkina, de Guinée ou du Mali, qui ne peuvent pas voter. » Lorsque nous faisons remarquer à notre interlocuteur que le RDR avait remporté la majorité lors des dernières élections municipales, il rétorque que c'était un scrutin exclusivement citadin : « Le RDR a gagné dans les villes de l’Ouest, parce que les Dioulas y sont les plus nombreux. À Bouaké, le PDCI a perdu face au RDR, du fait de sa division. Il avait présenté deux candidats, mais le total de leurs voix dépasse les suffrages pro-RDR.
Dans les campagnes de l’Ouest, ce sont les Akans qui sont les plus nombreux. Et eux n’ont pas participé aux municipales. » Analyse totalement récusée par certains militants du RDR, qui ne sont pas convaincus de la suprématie démographique des Akans et de leur adhésion monolithique au PDCI. Pour Alain Touré, enseignant à la faculté de droit d’Abidjan, ceux qui font ce genre d’analyse se trompent lourdement : « Ils n’ont pas compris que les données sociologiques de ce pays ont été profondément bouleversées depuis quelques années. Il n’y a pas eu de recensement depuis longtemps, donc personne ne sait quelle ethnie est vraiment majoritaire. Et puis, les jeunes d’aujourd’hui n’ont plus les mêmes réflexes que leurs aînés. Accoler un parti à quelqu’un en fonction de son nom peut être une grave erreur. »
Tout cela n’empêche pas pour autant Félix, membre de la FESCI (Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire), ce syndicat d’étudiants proche de Laurent Gbagbo, de penser qu’une victoire d'ADO serait tout simplement dangereuse pour le pays. « S’il devient président, la Côte d’Ivoire explosera dans les heures qui suivront. Parce que les “vrais” Ivoiriens n’accepteront jamais une telle chose. Regardez son parti. Il est composé des populations du Nord, qui sont venues des pays voisins nous envahir. Ce sera comme le Kosovo. On a arraché le Kosovo à la Serbie. Nous, nous prendrons les mesures pour qu’une telle situation ne se produise pas chez nous. » Une opinion partagée par quelques diplomates occidentaux, qui restent persuadés que les populations sudistes n’accepteront jamais une élection éventuelle de Ouattara. « Les partisans de Laurent Gbagbo pourraient créer une nouvelle rébellion à partir de l’Ouest, si jamais Ouattara était élu », nous affirme l’un d'entre eux. Depuis le début de l’enrôlement des populations sur les listes électorales, c’est pratiquement tous les jours que les journaux proches du chef de l’État mettent le public en garde contre les étrangers qui chercheraient à s’inscrire sur les listes électorales. Et il ne se passe pratiquement pas un jour sans que l'un de ces médias fasse mention de cas de fraudes, toujours attribuées au RDR... Au début de l’opération d’enrôlement, des militants de la FESCI avaient même saccagé des centres, au motif que des étrangers s’y seraient fait enrôler.
Le RDR, parti des populations du Nord, des étrangers ou des musulmans ? Adama Bictogo, un proche d’Alassane Dramane Ouattara admet en partie le raisonnement : « Notre parti, comme tous les partis ivoiriens, a une base sociologique qui recouvre une ethnie ou une région. La nôtre est constituée du Nord de la Côte d’Ivoire, qui est majoritairement musulman. » Mais Henriette Dagry Diabaté, secrétaire générale du parti, elle-même originaire du Sud, mariée à un Nordiste, nuance un peu les choses. « Les gens oublient que celui qui a fondé le RDR est feu Djéni Kobina, qui était du Sud. Et c’est le parti qui est allé chercher Alassane Ouattara, non pas à cause de ses origines, mais en raison de ses compétences. C’est lorsqu’il a commencé à être victime de persécutions du fait de ces origines que tous ceux qui lui ressemblaient et qui vivaient les mêmes choses, c’est-à-dire les populations du Nord, ont rejoint sa formation. » Pour Maurice Bandama, l’un des plus grands écrivains ivoiriens, maire de Taabo, une petite commune du Sud de la Côte d’Ivoire, qui a rejoint le Rassemblement en 2000, au moment où il était totalement diabolisé et traqué, la situation a considérablement changé. « Aujourd’hui, le RDR est en train de s’implanter dans les régions qui lui étaient farouchement hostiles : le Centre, l’Est et l’Ouest. Partout où nous passons, nous sommes reçus avec respect par les notabilités. Ouattara a rencontré tous les rois et chefs traditionnels de Côte d’Ivoire, ce qui était impensable il y a quelques années. Nous enregistrons chaque jour de nouvelles adhésions, venant de toutes les régions. Parce que les gens ont compris qu’on leur a raconté beaucoup de mensonges sur le compte d'ADO. Et, devant les difficultés quotidiennes qu’ils doivent affronter, peu leur importe l’origine de celui qui pourrait les sauver. »
C’est ce que nous confirme Ehimance Sylvain, le responsable du RDR de la petite ville de Mafféré, située dans la région du Sanwi, à l’extrême sud-est du pays. Lui-même était autrefois membre du PDCI, parti qu’il a quitté parce qu’il avait été séduit par Marcel Amon-Tanoh, l’un des plus proches collaborateurs de Ouattara et qui est de la région. « Le jour où j’ai annoncé que j’avais adhéré au RDR, les gens qui me connaissaient sont venus tôt le matin chez moi pour me dire qu’ils étaient convaincus que je devenais fou, et qu’ils savaient qui pourrait me soigner. Mais aujourd’hui, nous sommes très bien implantés dans la région, même s’il reste encore beaucoup de travail à faire. Les gens sont très déçus par la façon dont le pays a été géré après Houphouët-Boigny. Ils connaissent l'origine de tous les problèmes qui les assaillent quotidiennement. Et ils se disent qu’ils pourraient bien donner une chance à Ouattara, dont la réputation de compétence est connue de tous, de prouver ce qu’il sait faire. Les gens ne sont plus guidés par la passion comme auparavant. Ils sont devenus plus raisonnables. Il y a aussi les actions que nous menons sur le terrain, telles que le don d’une voiture au roi du Sanwi, des aides apportées à diverses associations. Les gens sont sensibles à tout cela. »
Amadou Gon Coulibaly, secrétaire général délégué du RDR, nous donne encore plus de détails. S’il reconnaît que la majorité des premiers adhérents sont originaires du Nord, la base, selon lui, s’est considérablement élargie, et cela se traduit au niveau des instances du parti et dans les institutions auxquelles le RDR participe. « Sur nos dix conseillers économiques et sociaux, cinq sont du Sud. Lors de notre première participation à un gouvernement en 2002, nous avons hérité de trois ministères et d'un secrétariat d’état. Deux ministères revinrent à deux Nordistes, un Sénoufo et un Malinké, et un ministère et le secrétariat d’état revinrent à des Sudistes. Dans le gouvernement formé après les accords de Marcoussis, il y avait trois Sudistes sur sept ministres, et dans le gouvernement actuel, il y en a deux sur cinq. Lorsque le RDR aura les pleins pouvoirs après les élections, vous verrez bien que ce n’est pas un parti de Nordistes, parce que le critère qui prédominera sera celui de la compétence. Aujourd’hui, nous sommes obligés de faire une alchimie qui tienne compte de ce critère, mais aussi du militantisme, de la fidélité et de la géopolitique. »
Au début du mois de février, un quotidien ivoirien avait titré sur le soutien apporté à Alassane Dramane Ouattara par un groupe de pasteurs évangéliques. Ce n'est pas anecdotique, lorsque l’on sait que Ouattara est musulman et Laurent Gbagbo chrétien évangélique, et que certains avaient essayé de présenter le conflit entre les deux hommes comme une querelle entre l’islam et le christianisme... Et qu’en est-il des liens supposés entre Ouattara et la rébellion ? Amadou Gon Coulibaly balaie cette interrogation du revers de la main. « Plus personne n’y croit aujourd’hui. Il est vrai que la rébellion a repris à son compte les problèmes soulevés par le RDR, mais si notre leader avait été derrière elle, son épouse et lui n’auraient pas échappé de peu à la mort, le 19 septembre 2002, à leur domicile. Les Ivoiriens ont compris que la rébellion a été lancée par des militaires qui avaient eu des problèmes avec Gueï et qui étaient partis en exil. Lorsqu’il est arrivé au pouvoir, Gbagbo aurait dû jouer la carte de la réconciliation, mais il a choisi de les traquer et de faire juger les généraux Palenfo et Coulibaly, qui avaient été accusés de comploter contre Gueï. Voilà les dessous de ce “coup”. Mais à l'heure où Guillaume Soro est le Premier ministre de Laurent Gbagbo, cette accusation n’a plus de sens. » Ces attaques étant levées, quels sont les atouts de Ouattara pour convaincre ses compatriotes dans la course présidentielle ? « Son charisme, dit d’emblée Adama Bictogo, avant d’ajouter : et l’organisation de son parti. » Pour Bandama, qui se présente comme un « admirateur, mais pas un laudateur » du président du RDR, c'est plutôt sa compétence. Puis, en vrac, son sens de l’organisation, sa courtoisie, sa ponctualité, son humilité, sa modernité, sa force de caractère – qui lui a permis de supporter toutes ses épreuves sans jamais se laisser habiter par le découragement, la haine ou l’esprit de revanche –, etc. Pour Amadou Gon Coulibaly, « aujourd’hui, les Ivoiriens perçoivent que c’est Ouattara qui a les capacités pour relever les défis auxquels ils sont confrontés. Parce qu’il a les aptitudes et le carnet d'adresses internationales nécessaires, qu'il est ouvert et qu'il a le plus de capacités à dépasser les clivages et contradictions du pays ». Mais le secrétaire général délégué du RDR reconnaît que les choses ne sont pas gagnées d’avance. « Nous devons faire oublier toutes les caricatures du parti et de son leader, continuer à étendre l'influence de notre formation au sud du pays, et continuer à faire connaître le vrai ADO. »
Pour les militants du RDR, à tous ces atouts de leur leader il faut ajouter les défauts de ses adversaires. Pour Bédié, il y a son grand âge (75 ans), sa gestion passée, qui fut pour le moins contestable, et l’ivoirité, dont on lui attribue la paternité, et qui est, pour beaucoup, à l’origine de la crise nationale. Pour Laurent Gbagbo, il y a son bilan actuel, jugé calamiteux par les partisants d'ADO, les scandales qui, chaque jour, viennent l'alourdir, et les violations des droits de l’homme.
Et qu’en est-il des reproches souvent entendus sur la propension du leader du RDR à passer plus de temps à l’extérieur de la Côte d'Ivoire que dans son pays ? Pour Bandama, tout le temps passé à l’étranger profite à son parti et à la Côte d’Ivoire. « Il a exercé les plus hautes fonctions dans le monde de la haute finance. Il est toujours consulté dans le monde entier en tant qu’expert. En plus, il cultive ses relations internationales au profit de son pays. Savez-vous qu’il se bat partout pour obtenir la réduction de notre dette ? » Et sa décision de ne pas présenter son parti aux législatives de 2000, n'était-ce pas une faute politique ? « Si faute il y a, c'est celle du parti, et non la sienne, même si, en bon leader, il l’a assumée. C’est le RDR qui a pris cette décision. Mais, pour nous, le boycottage était alors la meilleure attitude à adopter. »
Pourquoi donc, avec tous ces atouts en main, Ouattara ne se met-il pas en campagne, comme son allié Henri Konan Bédié ? « Chacun a sa stratégie, confie Adama Bictogo. La nôtre, en ce moment, est de nous battre pour que le maximum de nos militants se fassent inscrire sur les listes électorales. Et nous avons mis en place une organisation qui nous permet de connaître exactement, au jour le jour, le nombre de militants dans ce cas. L’important n’est pas de courir, mais de partir à point. Le moment venu, ADO sera sur le terrain. Il ne lui faudra pas plus de deux mois pour couvrir tout le pays. » Ce que confirme Amadou Gon Coulibaly : « Le plus important, en ce moment, c'est l’identification. Nous sommes le seul parti à avoir un secrétaire national à l’identification. Nous avons mené une bonne campagne de sensibilisation, il y a eu une forte mobilisation. Sur le plan technique, on peut dire que nos responsables ont fait du bon boulot. Mais notre souci principal est qu’il y ait des élections sécurisées, sur tout le territoire. N’oubliez pas que lors des scrutins précédents, il était difficile pour certains de voter dans des régions de l’Ouest. »
Qu’en sera-t-il du RHDP (Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix), cette plate-forme créée en 2005 et qui regroupe le RDR, le PDCI, le MFA (Mouvement des forces de l'avenir) et l’UDPCI (Union pour la démocratie et la paix en Côte d'Ivoire) ? Selon cet accord, chaque formation est libre de présenter un candidat au premier tour de l’élection présidentielle. Mais au second tour, il soutiendra le candidat du Rassemblement le mieux placé. Sera-t-il respecté ? « C’est une décision politique prise par nos leaders, et qu’ils essaient de faire accepter par leurs appareils, nous dit Amadou Gon Coulibaly. Le passé est toujours présent dans la tête de certains militants, mais il ne menace pas l’alliance. Jusqu’à présent, chaque partie a loyalement joué le jeu. » Henriette Dagry Diabaté reconnaît également que si l’entente est parfaite au plus haut niveau, les choses sont plus mitigées sur le terrain. « Il y a des irréductibles. Il y a chez nous ceux qui restent convaincus que c’est Bédié qui a lancé l’ivoirité diabolisant notre leader et exclu une partie de la population. Et chez les autres, il y a ceux qui restent convaincus que Ouattara est burkinabè et qu'il est l’auteur du coup d’État contre Bédié. Mais ils ne représentent qu’une petite minorité. Les esprits changent. »
Alors, ADO, prochain président de la Côte d’Ivoire ? Les militants du RDR en rêvent. Pour bon nombre d’entre eux, cela ne fait même pas l’ombre d’un doute. Malgré la machine bien huilée du parti, et toutes les compétences reconnues de son leader, tout cela se traduira-t-il en votes ? Tous ceux qui ont déjà rencontré Ouattara, même lorsqu’ils ne font pas partie de ses « fans », le trouvent chaleureux, brillant, compétent, charmant et très ouvert d’esprit. Il a indéniablement les qualités nécessaires pour diriger la Côte d’Ivoire. Mais il donne aussi le sentiment d’être un peu trop policé, un peu trop « européen », pas assez « broussard », en quelque sorte pas assez « villageois ». Son éducation personnelle et sa longue carrière dans les instances internationales n’y sont pas pour rien. Si cette qualité est bien appréciée dans les salons de Paris ou de Washington, là où se décide le sort du monde, elle pourrait en revanche constituer un handicap face à un Laurent Gbagbo populiste à souhait, qui sait parler aux Ivoiriens le langage de la rue, manger avec eux des bananes braisées achetées aux vendeuses des rues et distribuer l’argent là où il faut pour acheter des consciences très affaiblies par la pauvreté. Autre handicap de Ouattara, qui est aussi celui de Bédié, il a pratiquement quitté la scène politique depuis 2000. On ne le voit que très rarement à la télévision, contrôlée très étroitement par Laurent Gbagbo. Les jeunes qui voteront cette année avaient à peine 8 ans lorsqu’il passait fréquemment sur le petit écran. Et tout ce que Bédié et Ouattara avaient pu réaliser de positif du temps de leurs passages aux affaires est pour une grande part oublié aujourd’hui. Surtout pour ADO, qui fut à la tête de l’État il y a une quinzaine d'années. Enfin, il aura face à lui des adversaires ou des alliés pour qui cette élection sera la dernière ou la plus importante de leur vie politique. Des adversaires ou des alliés, des politiciens madrés, qui seront prêts à tout pour gagner. La prochaine bataille électorale ivoirienne s'annonce palpitante.
Par Venance Konan, correspondant permanent.
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